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Synthèse du colloque : Retour des djihadistes en Europe, que faire ?

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L’imbroglio politique, éthique, juridique et sécuritaire.

Synthèse et conclusion

Ce colloque devait se terminer à 19h ; il s’est prolongé jusqu’à 20h30 ! C’est pour vous dire que le sujet était passionnant, les intervenants remarquables et l’organisation impressionnante.

Conformément au programme, c’est le Directeur de CIGPA, Mezri Haddad qui a ouvert cet événement en répondant à la question : « pourquoi avons-nous décidé d’organiser ce colloque ? » Il a répondu : parce que la question est si grave et que son traitement médiatique si superficiel, que la parole devait être donnée à des experts chevronnés et à des politiques sans langue de bois. « Il y a des vérités que certains n’osent pas dire, notre rôle à nous est de les révéler sans autres considérations que l’objectivité politique et la rigueur scientifique », a-t-il indiqué.

Au regard du politique précisément, le Directeur de CIGPA a insisté sur le fait que le président Macron et le gouvernement actuel ne sont pas responsable de ce problème explosif ; ils héritent des erreurs stratégiques et des égarements idéologiques de François Hollande.

Maxime Chaix a été le premier intervenant dans le premier panel. Auteur de La guerre de l’ombre de Syrie, son sujet était, « A l’origine, quels sont les Etats et réseaux derrière la militarisation de la nébuleuse djihadiste anti-Assad ? » Pour lui, citant des rapports et des documents parfaitement établis, les premiers responsables sont les américains, puis leurs alliés arabes dont le Qatar, et occidentaux, notamment la France.

Second intervenant, l’expert en renseignement et en intelligence stratégique, Chems Akrouf, avec son sujet « Le vrai faux problème des revenants. Analyse, décryptage et prospective de l’évolution du péril terroriste en France ». Récusant le terme sensationnel de « revenants », qui a été popularisé par un blogueur devenu « journaliste », M.Akrouf pense que le djihadiste est l’arbre qui cache la forêt islamiste. Sur la base d’enquêtes scientifiques, il dresse le profil psychologique des djihadistes : près de 80% d’homosexuels refoulés, qui recourent à la violence extrême pour exprimer leur « virilité ».

Troisième intervenant, le président du Parti chrétien-démocrate, Jean-Frédéric Poisson, qui a traité de la question, « Que reste-t-il de la loi dans la guerre contre le terrorisme ? » Malgré la modification (2016) en cinq jours de la loi d’urgence No 55-385 d’avril 1955, la France est désarmée dans les faits. S’ajoute à l’inadéquation entre loi et situation inédite, la question majeure de la nationalité des djihadistes, plus exactement l’hypothèse de leur retirer la nationalité française, au risque d’en faire des apatrides, du moins pour ceux qui n’ont pas une double nationalité.

Quatrième intervenant, Henri Guaïno, ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, s’est penché sur une problématique bien weberienne : « La question du rapatriement des terroristes français et des condamnés à mort : un exemple du conflit entre éthique de responsabilité et éthique de conviction ». Un pays comme la France, se doit de protéger ses citoyens, si barbares aient été leurs crimes. Mais il ne se prononce pas clairement sur le retour ou le non-retour des djihadistes. Dans le cas très particuliers des enfants, il est en revanche pour leur rapatriement, parce qu’il « faut se rappeler des enfants qu’on mettait dans des trains entre 1939 et 1945 ».

Dernière intervenante, l’avocate Samia Maktouf, avec son sujet : « Les djihadistes français et leurs enfants : contre la barbarie terroriste, la force du droit ». A l’instar d’Henri Guaïno, elle a plaidé pour le rapatriement des enfants, et mieux encore, pour le retour des djihadistes en France parce qu’ils doivent être jugés dans leur pays. Elle s’est également prononcée en faveur de la création d’un tribunal pénal international, une issue qui arrangerait tout le monde. Indépendamment de l’atrocité des crimes commis, force doit-être donné au droit.

Après la pause-café, le second panel a démarré avec l’ancien Ministre et actuel Député, Claude Goasguen : « Pourquoi les terroristes islamistes ne doivent plus revenir en France ? » Il s’est d’abord indigné : « Nous avons été d’un sadisme généralisée », en pensant aux témoignages d’Irakiens qu’il a rencontré à Mossoul et qui lui ont assuré que ce sont les djihadistes Français qui gouvernaient Mossoul. A l’opposé d’Henri Guaïno et Samia Maktouf, il a ensuite étayé sa position par des arguments strictement juridiques en rappelant que le droit, aussi bien national qu’international, est dépassé par la conjoncture actuelle. Dans le droit international, on a supprimé la notion de guerre et, par conséquent celle de déclaration de guerre. Dans le droit national, le concept de trahison n’existe plus ; on lui a substitué celui de terrorisme, qui est vague et imprécis. « Le paradoxe français, c’est qu’on a plus de facilité à saisir les tribunaux internationaux que les tribunaux nationaux », a-t-il ironisé. Selon M.Goasguen, c’est aux Syriens et aux Irakiens de juger ces terroristes. Nous n’en avons ni les compétences adéquates, ni même le droit moral car ce sont les Syriens et les Irakiens qui sont les principales victimes.

Second intervenant du deuxième panel, le politologue Guillaume Bigot, qui s’interroge : la Turquie d’Erdogan s’est-elle rendue coupable d’avoir recruté des djihadistes pendant la guerre civile en Syrie ? Assurément, la responsabilité de ce pays est prépondérante pour ne pas dire écrasante. Les faits, à cet égard, sont accablants : camps d’entraînement ; achat de pétrole ; livraison d’armes ; plaque tournante de Gaziantep par laquelle jusqu’à 1500 combattants par semaine étaient infiltrés ; implication du MIT. Jusqu’à l’avènement de l’EI, Ankara espérait, comme ce fut le cas dans le sillage des « printemps arabes », voir le gouvernement baasiste choir et être remplacé par les Frères Musulmans. En réalité, Ankara a couru le risque de soutenir l’EI non par connivence idéologique mais par souci d’enrayer un péril mortel que la chute du régime bassiste représentait. Aux premiers mois de l’éclatement du conflit Syrien, le président El-Assad a lâché la bride aux kurdes syriens. Ankara a alors lâché le gouvernement officiel de Damas. Le risque de soulèvement des kurdes de Turquie mais aussi d’Irak était bien réel et s’est produit. Ankara, dès lors, a appliqué un vieil adage à l’égard de l’EI : les ennemis de mes ennemis sont mes alliés objectifs. En conclusion, on réalise à la fois que les islamistes possèdent toujours un agenda « national » ou « ethnique » plus ou moins conscient et assumé et qu’en Turquie, comme partout ailleurs, seul un ordre étatique et national solide constitue une protection efficace contre la propagation du cancer islamiste totalitaire.

Troisième intervenant, le philosophe Yves Roucaute : « La politique américaine, la Syrie et le rapatriement des djihadistes occidentaux ». Dans sa remarquable démonstration, il a précisé que les Américains n’ont pas les mêmes problèmes que les Français. D’abord, parce que dans leur constitution, les citoyens Américains peuvent être jugés dans un autre pays que le leur. Ensuite, parce que la peine de mort -ce que risquent les djihadistes détenus en Irak et en Syrie- ne pose aucun problème puisqu’elle est autorisée dans la plupart des Etats américains. Yves Roucaute a démontré qu’en termes de géopolitique, le péril réel ne sont pas les djihadistes, mais la Chine et la Russie.

Quatrième à intervenir, Roland Lombardi : « Perception dans le monde arabe de la décision française de rapatrier ses djihadistes en Syrie et en Irak, Quel message ? » Selon lui, tous les services de sécurité ont émis des alertes et des avertissements quant à l’idée de faire rapatrier les djihadistes. Malgré cela, l’Intelligentsia de gauche y était favorable. Au départ, le Président et les ministres concernés, étaient très réservés et prudents devant le risque d’une telle initiative. Or, nos dirigeants se sont finalement résolus à admettre le retour des jihadistes condamnés en Irak et en Syrie. Ainsi, nos responsables semblent avoir cédé à la pression d’un petit microcosme très agissant où se retrouvent pêle-mêle universitaires et intellectuels islamo-gauchistes, associations des droits de l’homme et chantres de l’humanisme bien-pensant et politiquement correct…

Pour ceux qui connaissent le monde arabe, la décision de ces rapatriements est très mal perçue, à la fois chez les populations comme chez les dirigeants. En effet, les mots qui reviennent le plus dans ces régions sont « inconscience » et « faiblesse ». Ainsi, c’est une image déplorable que nous envoyons. En Méditerranée et au Proche-Orient, on ne respecte pas et on méprise plus que tout, ceux qui renient les notions de force et de fermeté. Par conséquent, ce que certains milieux considèrent comme de la tolérance, de la solidarité ou de la charité universelle, est au contraire, le plus souvent perçu, par nos alliés mais surtout par nos ennemis, comme de la faiblesse. En projetant une image de faiblesse, nous récoltons et récolterons encore de la violence.

Selon notre cinquième intervenant Claude Moniquet, président de l’ESISC, premier « exportateur européen de djihadistes » (en chiffres relatifs) vers la zone irako-syrienne dans les années 2012-2015 (la France étant la première en chiffres absolus ») la Belgique s’est réveillée très tard face à la menace salafiste violente. Pourtant, depuis les années quatre-vingt-dix, elle est un terreau fertile pour les réseaux salafistes. Les attentats de novembre 2015 – préparés en Belgique pendant trois mois, dirigés et perpétrés par une majorité de djihadistes belges – et, bien entendu, ceux de mars 2016 à Bruxelles, ont été un électrochoc. Mais ce sont, pourtant, des demi-mesures qui ont été prises contre le terrorisme et rien – ou presque – n’est fait contre le salafisme « non violent », les Frères Musulmans et les autres manifestations de l’islamisme radical.

Selon notre sixième intervenant, Stefano Piazza, sous l’élan de Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur, la Chambre des députés italienne a adopté mercredi 29 novembre 2018 un décret-loi durcissant la politique d’immigration. De quels durcissements s’agit-il ? D’une part, les permis de séjour humanitaires d’une durée de deux ans, accordés actuellement à 25 % des demandeurs d’asile, sont remplacés par des permis de « protection spéciale » d’une durée d’un an ou de «catastrophe naturelle dans le pays d’origine », d’une durée de six mois.

M.Piazza rappelle que Matteo Salvini, comme premier acte en tant que ministre de l’Intérieur, a approuvé en 2018 le « Decret-loi sur la sécurité» qui prévoit entre autres mesures « la déchéance de la nationalité aux étrangers qui ont obtenu la nationalité italienne après l’âge de la majorité au cas où ils auraient été condamnés définitivement pour des faits de terrorisme ». Le décret inclut les étrangers adoptés à l’âge adulte par adoption ordinaire.

Septième à intervenir, le grand reporter et directeur de globalgeonews.com. selon lequel l’Espagne est devenu un élément de reconquête de l’ancien califat d’Al-Andalous. La Catalogne est la zone géographique de l’État espagnol qui héberge le plus de musulmans. Pour organiser leur culte, ces derniers disposent de 265 salles de prières et de trois mosquées. Selon les données du gouvernement de Catalogne, une centaine de ces lieux seraient salafistes. Sans compter la présence, de plus en plus importante des associations Frères Musulmans dans l’agglomération barcelonaise. La Capitale Catalane est ainsi aujourd’hui considérée, comme une base arrière de l’Islamisme et du Jihadisme en Europe. 700 individus suspectés de djihadisme ont été arrêtés sur le territoire espagnol depuis 2004, parmi lesquels 200 ont été emprisonnés. Les Marocains, de première ou seconde génération, représentent 41% du contingent de jihadistes recensés. S’il faut saluer le travail extrêmement efficace de la police espagnole en matière de lutte antiterroriste, pour l’heure, d’après les enquêtes de terrain, la « réhabilitation » des Jihadistes semble discutable.

Le dernier à intervenir en anglais a été Mohamed Masharqa, ancien diplomate palestinien et Doyen de l’Université de Ramallah, actuellement directeur du Center For Arab Progress à Londres : « La Grande Bretagne et les défis politiques et sécuritaires de ses revenants djihadistes ». Il a d’abord raconté une anecdote personnelle qui lui est arrivée du temps où il prenait souvent l’avion pour se rendre de Londres où il réside, à Ankara. D’année en année, les voyageurs britanniques n’étaient plus les mêmes : on ne voyait que des hommes barbus et habillés en kamis indo-pakistanais et des femmes en burka. Cela montrait bien l’évolution rapide de l’islamisme dans la société anglaise. On savait bien que Londres était devenue la capitale de l’Internationale islamiste. Selon M.Masharqa, les islamiste restent minoritaires en Grande Bretagne malgré leur nombre de plus en plus important. Les musulmans « ordinaires » ou laïcs restent majoritaires. Si rien n’est fait pour les soutenir et leur accorder la parole notamment dans les médias, il faudrait s’attendre à un double péril : celui des Frères musulmans bien évidemment, et celui des populismes qui jouent sur l’amalgame entre musulmans et islamistes.

Dans la précipitation, eu égard à l’heure (20h30) alors que notre colloque devait se terminer à 19h, le directeur de CIGPA, Mezri Haddad, devait conclure. Pour lui, le djihadisme est l’arbre qui cache la foret islamiste. Sous la houlette des Etats-Unis d’Amérique alors présidé par Barack Hussein Obama, et sous l’influence pernicieuse du Qatar, l’Europe et particulièrement la France ont commis des fautes stratégiques graves en déclaration la guerre contre la République arabe syrienne. Une guerre lâche et par procuration sous le prétexte fallacieux de défendre la démocratie et les valeurs occidentales. Le seul pays à avoir défendu ces valeurs dites occidentales, c’est la Russie de Poutine. La France de François Hollande a été du côté de la barbarie islamiste et contre la Civilisation. M.Haddad a rappelé la phrase qui tue : « Al-Nosra fait du bon boulot en Syrie », dixit Laurent Fabius, alors ministre des Affaires étrangères.

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