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La Turquie d’Erdogan passée au crible – Mondafrique

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Dirigé par le philosophe et diplomate Mezri Haddad, le Centre International de Géopolitique et de Prospective Analytique (CIGPA) a été créé il y a six mois. Lors d’un colloque organisé samedi dernier, la question turque est passée au crible de la raison géopolitique.

Treize conférenciers du CIGPA ont approché au plus près la réalité de la situation politique turque ainsi que son rôle en tant que puissance régionale.

Tour à tour, Charles Million, ancien ministre de la Défense, Hassan Asfour, ancien Ministre de l’Autorité palestinienne, Michel Raimbaud, ancien Ambassadeur de France, Renaud Girard, géopolitologue du Figaro, Caroline Galectéros, chroniqueuse au Point et officier de réserve des Armées, Younous Omarjee, Député européen, Bernard Godar, ancien cadre des Renseignements généraux, Jean Marcou, Professeur à l’Institut d’Etudes politiques de Grenoble, Abdel-Latif Menawi, intellectuel égyptien et patron de la télévision Al-Ghâad, François Campagnola, juriste et chercheur associé à l’IPSE, Zohra Mansour, ancienne dirigeante féministe libyenne, David Rigoulet Roze, rédacteur en chef de la revue Orients Stratégiques, et Mohamed Troudi, enseignant à Paris XII et chercheur associé à CIGPA, ont décrypté le système Erdogan en analysant  « les conséquences géopolitiques de sa politique intérieure et étrangères ».

Double discours

C’est Mezri Haddad, le président du CIGPA, qui a inauguré ce colloque en précisant que « le but de cette rencontre n’est pas de stigmatiser la Turquie en tant que pays et en tant que peuple mais de dévoiler la nature exacte du régime erdoganien. Il a ajouté qu’en « réunissant des spécialistes, des universitaires, des hommes politiques, des diplomates et des journalistes européens et arabes, nous avons voulu étudier de façon objective la situation politique en Turquie et surtout conjecturer l’avenir immédiat, aussi bien sur le plan interne que géopolitique ».

La première séance du colloque, intitulée « Aux sources de l’impérialisme turc, du califat ottoman au panislamisme Erdoganien », a été animée par José Manuel Lamarque, journaliste à Radio France Inter. Le premier intervenant a été Hassan Asfour, ancien ministre de l’Autorité palestinienne venu d’Amman spécialement pour parler de « La Turquie des Frères musulmans est bien néo-ottomane ». Il a tenté de démontrer que même si Recep Tayyip Erdogan « est un Frère musulman historique, c’est un pragmatique qui n’a aucune contrainte idéologique dès lors que son but vise le rétablissement d’un califat néo-ottoman ».
David Rigoulet Roze a précisément traité des ambitions néo-ottomanes d’Erdogan ». Son successeur à la tribune, François Campagnola, a pour sa part insisté sur la mutation du kémalisme à l’islamisme, ou plus exactement du passage « de la république séculière à la république islamique ». Selon lui, le système Erdogan n’est pas vraiment islamiste mais c’est un mélange de conservatisme religieux et de nationalisme.

Après l’intervention du chercheur tunisien Mohamed Troudi, qui a rappelé l’histoire des conflits entre l’Empire russe et l’Empire Ottoman, c’était à Caroline Galactéros, docteur en sciences politiques et colonel au sein de la réserve opérationnelle des Armées, de traiter de « La Turquie au Moyen-Orient ou l’art de jouer sur tous les fronts ». Elle a mis en exergue la duplicité du président turc dans les conflits qui se jouent dans la région, notamment celui en Syrie.

L’égyptien Abdel-Latif Menawy s’est penché sur les « relations historiques, idéologiques et politiques entre les Frères musulmans égyptiens et et sa ramification turque ». Dans sa conclusion, il a dénoncé l’ingérence de la Turquie dans les affaires intérieures égyptiennes en lançant : « L’Egypte a retrouvé sa vigueur et repris son leadership dans le monde arabe ».

Ancien ambassadeur de France et auteur Tempête sur le Grand-Moyen-Orient, Michel Raimbaud a évoqué le rôle de la Turquie dans la crise syrienne, qui a été selon lui « négatif et même destructeur ». Le diplomate a laissé entendre qu’il existait « des relations troublantes entre le régime d’Erdogan et certains groupes djihadistes, y compris ceux de l’état islamique ». Il a ajouté qu’après avoir été elle-même touché par le terrorisme, « la Turquie a rallié la coalition pour combattre Daech… sans pour autant renoncer au bombardement des troupes Kurdes » !

Zorha Mansour, ancienne responsable libyenne de la condition féminine, a prononcé un discours vibrant où elle a violemment critiqué la Turquie « dont les troupes étaient au sol libyen au moment de la guerre contre la Libye pays ». Elle a conclu par un « J’accuse Erdogan d’avoir commis des crimes dans mon pays ». Elle a été chaleureusement applaudie par la salle.

Rapprochement avec Moscou

Dans la dernière séance, l’ancien ministre de la Défense, Charles Million, a évoqué la question sensible de l’intégration de la Turquie au sein de l’Europe. Selon lui, « il serait désormais très difficile d’accepter la Turquie dans l’Union européenne compte tenu de la dérive du régime turc, notamment sur les questions des droits de l’homme et de la liberté de presse ». Renaud Girard a été dans le même sens évoquant l’impossibilité structurelle et indépassable d’intégrer la Turquie à l’UE. Il a ensuite remarquablement fait la démonstration de tous les paradoxes du régime turc, « pas uniquement au niveau de la politique intérieure mais aussi sur le plan international ».

Grand spécialiste de l’islamisme en France, l’ancien cadre des Renseignements généraux a abordé le point névralgique des « réseaux des Frères musulmans de la Turquie en Europe ». Il a indiqué que même si on ne peut pas à proprement parler de réseaux turcs, le militantisme islamiste de certains membres de la communauté turque en Europe est un fait indéniable ».

Le Député européen, Younous Omarjee, qui revient précisément d’une mission d’observation aux frontières turco-syriennes, s’est penché sur la question douloureuses des réfugiés et des candidats à l’émigration vers l’Europe. Selon lui, le gouvernement turc, « malgré ses efforts, n’a pas été à la hauteurs des attentes européennes ».

Après l’intervention remarquée du professeur Jean Marcou, c’était au tour de Pierre Berthelot, responsable des études méditerranéennes de l’IPSE, de faire la synthèse du colloque qui a duré plus de cinq heures. Il a résumé les différentes interventions et estimé que « même en une après-midi entière, la question turque est inépuisable ». « Nos auditeurs, invités et journalistes ont toutefois une meilleure idée sur le gouvernement turque, sur ses orientations politiques et surtout sur les grands enjeux géopolitiques qui se jouent actuellement dans la région »

Avant d’annoncer la clôture du colloque, Mezri Haddad a rappelé que « le régime turc a joué un rôle pervers dans le printemps arabe qu’il a tenté de recycler dans un projet insensé et résolument néo-ottoman ». Il a conclu sur une note ironiquement et diplomatiquement optimiste : « Avec la nouvelle tournure dans les relations turco-russes, ont peut espérer que par l’influence de Vladimir Poutine, le président turc changera sa politique à l’égard des pays arabes et renoncera à son ambition néo-califale dans la région ». Parmi les invités, il y avait plusieurs Russes, dont l’attaché Naval à l’Ambassade de Russie en France !

 

La rédaction de Mondafrique

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