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Donald Trump, Vladimir Poutine, François Fillon, ou le retour du Politique

Publié le

Par Mezri Haddad, philosophe, ancien Ambassadeur et Président de CIGPA

Encore ébranlé par le tremblement de terre qui venait de se produire aux Etats-Unis d’Amérique et redoutant son onde de choc en France, les élites politiques de gauche comme de droite refusent encore de tirer toutes les conclusions nécessaires et évidentes de ce grand bouleversement politique et géopolitique que les meilleurs prospectivistes n’ont pas été capables de conjecturer ni même de déceler, sans doute à cause des instituts de sondages !

 

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Aux Etats-Unis hier, comme en France aujourd’hui, l’on sonde les intentions et pas suffisamment les cœurs, l’on s’attarde sur les lignes de forces et jamais sur les lames de fond. Faute d’expliquer rationnellement ce qui s’est passé aux Etats-Unis, certains ont glosé sur la crise de la démocratie en Amérique et d’autres ont ironisé sur l’inexpérience et le « populisme » du nouveau président américain qui a défié l’establishment et démenti les meilleurs instituts de sondage. Ils devraient relire Tocqueville, pas seulement pour comprendre ce qu’est la Démocratie en Amérique, mais pour réapprendre à faire la distinction entre la démocratie comme « fait social » et la démocratie comme « système de gouvernement ».

Donald Trump n’a sans doute pas mis les meilleurs accoutrements dont se pare la démocratie et les Démocrates, ni restitué à la politique ses titres de noblesse faute d’en dissimuler les titres de faiblesse. Mais il a paradoxalement et involontairement réhabilité le Politique dans son essence. On ne sait par quel caprice ou ruse de l’Histoire, ce devait être un profane ou un néophyte, et non guère un professionnel ou intellectuel de la politique, pour accomplir cette tache si fondamentale au politique et si vitale pour la démocratie.

Pas plus que ceux qui l’ont porté au sommet du pouvoir, Donald Trump n’a sans doute pas lu le très suspect Carl Schmitt, ou le très honorable Raymond Aron, ou encore son disciple Julien Freund, pour restituer au Politique son essence. Il a pourtant intuitivement compris qu’il n’y a point de politique sans la désignation préalable de l’ennemi, sans l’articulation indépassable du commandement et de l’obéissance, et sans l’exercice par l’Etat de la violence légitime. C’est là que réside probablement le mystère de son élection qui échappe encore à la sagacité européenne.

Contre le politiquement correct, Donald Trump a osé désigner l’ennemi de l’intérieur : l’invasion migratoire charriant par les frontières terrestres « le grand banditisme et la grande criminalité », et par les airs, les « terroristes potentiels du Proche-Orient ». Il a osé désigner l’ennemi extérieur : l’islamo-terrorisme, ses idéologues, ses promoteurs et ses pourvoyeurs de fonds. Il a surtout eu l’audace ou pris le risque d’annoncer la thérapie : combattre ces fléaux en faisant usage de la violence légitime, aussi bien à l’intérieur des frontières américaines qu’à l’extérieur.

Changement donc radical dans le rapport ami/ennemi. Il ne s’agit plus de demander le départ de Bachar al-Assad en armant les « modérés » d’Al-Nosra, comme le faisaient Barack Hussein Obama et François Hollande, mais de mener une guerre sans merci contre tous les islamo-terroristes et notamment contre Daech. Lorsque les dossiers secrets seront déclassés et que les archives seront exhumées, on saura exactement quel a été le rôle exact de la colombe aux ailes de faucon (Obama) et de l’hirondelle du printemps arabe (Hillary Clinton) dans la naissance et la prolifération de l’Etat dit islamique.

La France n’est certes pas les Etats-Unis, et ce qui s’est passé outre Atlantique ne va pas forcément se reproduire au pays de François Hollande. Mais la colère légitime et le désenchantement justifié qui ont profité à Donald Trump caractérisent aussi les nations européennes en général et la société française en particulier. C’est pour dire que l’antimondialisation, la tentation isolationniste, les replis identitaires sont désormais une tendance lourde.

Certains faiseurs d’opinion et sondeurs d’intention en France essayent de réduire les élections présidentielles à un ultime combat manichéen entre le Bien et le Mal, entre les faux durs et les vrais mous. Ils ne veulent pas encore croire que cette vieille république laïque française est capable de se régénérer par des hommes qui en incarnent les valeurs et en représentent la quintessence politique autant qu’éthique. « Mélange de fermeté et d’une certaine forme de dignité, non compromis dans les affaires », comme l’a très justement écrit mon ami Pascal Bruckner, le candidat François Fillon est l’homme qu’il faut pour redresser la France et surtout pour lui éviter le pire !

François Fillon est l’un des rares hommes politiques à avoir pris acte de l’élection de Trump sans assortir sa position de moralisme ou d’indignation pharisienne. Idem dans son attitude à l’égard de Vladimir Poutine ou de Bachar Al-Assad, qui a résisté à la plus grande invasion islamiste de l’histoire et dont la récente reprise d’Alep annonce l’échec d’instaurer en Syrie un califat des plus moyenâgeux. Sans blanchir le Président syrien, François Fillon admet que la rupture des relations franco-syriennes fut une erreur et s’engage à les rétablir dès son éventuelle élection.

Au sujet du président Russe, le candidat des Républicains écrit dans son dernier livre Vaincre le totalitarisme islamique, que les médias ont occulté, que « Pour endiguer la progression de ces fanatiques en Syrie, Poutine a fait preuve d’un pragmatisme froid mais efficace » (p.83), et qu’une « seule puissance à fait preuve de réalisme : la Russie » (p.82). Il appelle donc à « œuvrer pour une alliance avec la Russie et à mettre fin pour cela à l’embargo absurde à son encontre » (p.83).

A l’instar de Donald Trump, François Fillon a clairement désigné l’ennemi : pas seulement Daech mais aussi sa cellule mère, les Frères musulmans, que d’autres ont convié au banquet de la République et aux réceptions de la Maison Blanche. Sans la précaution d’usage, « pas d’amalgame », il a appelé à « Vaincre le totalitarisme islamique » en rappelant qu’il « n’est plus envisageable d’oublier que désigner l’ennemi est l’acte essentiel, celui qui préside à toute guerre ». Il a ainsi retenu la leçon de Julien Freund selon lequel « Les concepts d’ami et d’ennemi ne sont pas à prendre dans un sens métaphorique ou symbolique, mais concret et existentiel » (L’Essence du politique, 1965).

Gaulliste authentique, véritable synthèse de Georges Pompidou et de Philippe Séguin, son mentor, l’auteur de Vaincre le totalitarisme islamique est en mesure de relever les défis majeurs (terrorisme islamiste, invasion migratoire, violence urbaine, crise identitaire, communautarisme, marasme économique…) sans toucher aux acquis (humanisme universel, concorde sociale, laïcité, Etat de droit, droits de l’homme, assimilation…).

Comme il l’a encore démontré dans le dernier débat télévisé avant le premier tour du 20 novembre dernier, il est sans doute celui par qui la France pourra retrouver son autorité politique, sa vitalité économique, ses vraies alliances stratégiques, sa politique arabe, son identité culturelle et spirituelle, et sa capacité d’intégrer tous ceux qui préfèrent la patrie des droits de l’homme au paradis des islamo-fascistes promis par les Frères musulmans, Al-Qaïda, Daech ou Al-Nosra, dont Laurent Fabius disait qu’elle faisait du bon boulot en Syrie !

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